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Olivier Labbé, Directeur Général de CAP DC : « C’est l’infrastructure qui sous-tend le développement numérique »

 

 

CAP INGELEC est une société d’ingénierie française, spécialisée dans la fourniture de data centers clés en main. Créée en 1992, elle est passée d’un bureau d’études régionalisé à une société nationale ouverte à l’international.

Ainsi donc, à travers sa filiale CAP DC, CAP INGELEC exporte aujourd’hui son savoir-faire en Afrique francophone.

Olivier Labbé (DG de CAP DC) a accordé une interview à notre rédaction pour situer le cadre des activités de l’entreprise en Afrique.

 

Olivier Labbé, Directeur général de CAP DC

Olivier Labbé, Directeur général de CAP DC

 

Reseau Telecom Network (RTN) : Présentez-nous CAP DC ?

Olivier Labbé : Cap DC est une filiale de Cap Ingelec, le spécialiste français de la construction et rénovation de Data Centers. Elle a pour but de fédérer des sociétés d’ingénieries locales dans différents pays, tout particulièrement en Afrique, autour de cette expertise.

Le groupe réunit 300 ingénieurs et techniciens et permet d’offrir une organisation de proximité, réactive et compétente sur les bonnes pratiques du pays, tout en s’appuyant sur le savoir-faire de Cap Ingelec, qui a déjà réalisé 700 projets de Data Centers pour 200 clients en France.

Dans beaucoup de pays africains, de bonnes ingénieries existent, mais elles n’ont pas encore l’expérience de la conception d’un Data Center.

Cap DC sélectionne donc une ingénierie performante, et crée avec elle une joint-venture dans le pays. Ce modèle permet aux maîtres d’ouvrage africains de pouvoir s’appuyer sur une entreprise locale, avec toutes les garanties d’une ingénierie expérimentée sur le domaine.

Le modèle se développe rapidement. Nous avons ouvert Cap DC Sénégal (zone UEMOA) en juin, Cap DC Maroc en juillet, Cap DC Cameroun (zone CEMAC) en novembre et sommes actuellement en discussion pour des créations de société en Algérie, en Tunisie, au Kenya et au Nigéria. Nous travaillons déjà sur plusieurs projets pour des acteurs Telecom africains.

 

RTN : Pourquoi les Etats doivent-ils investir dans des Data center performants ?

OL : Tout simplement parce que c’est l’infrastructure qui sous-tend le développement numérique !

Pour développer le transport, chacun comprend qu’il faut des autoroutes, des rails et des aéroports ; c’est exactement la même chose pour l’investissement numérique. La plus belle application du monde sera rejetée si les temps de réponse sont lents ou si le service est sans cesse interrompu par des arrêts d’activité.

Or le numérique est à la base du progrès économique dans beaucoup de pays africains. La révolution bancaire passera par la téléphonie mobile, avec l’industrie du paiement par smartphone, pour lequel l’Afrique est le continent leader. La modernisation des Etats passera par des créations de services en ligne, encore trop peu présents.

Permettre directement ou indirectement à l’industrie numérique de se déployer sur son territoire, en lui offrant des infrastructures de Data Centers fiables et sécurisées, est un investissement incontournable pour chaque Etat africain.

 

RTN : Selon vous quelles sont les caractéristiques d’un bon Data center ?

OL : Un bon Data center est avant tout un Data center qui ne tombe pas en panne.

Le système d’information qu’il héberge, qu’il s’agisse bien sûr de routage de télécommunications, mais aussi de systèmes de paiement bancaire ou de gestion de trafic urbain par exemple, ne supporte plus la moindre seconde d’interruption. Une bourse africaine s’est arrêtée une journée en septembre dernier à cause d’une défaillance de Data center !

Un article récent de Peter Judge, un expert du secteur, faisait une comparaison avec l’aéronautique. Quand un avion subit un accident, une investigation est diligentée sur l’analyse des causes et les conclusions sont rendues publiques, ce qui permet à tous les avionneurs de prendre les mesures correctives. Dans le domaine du Data center, parce qu’il n’y a pas encore de régulation (et parce que les conséquences d’un arrêt ne mettent pas directement en jeu de vies humaines), les analyses de l’incident sont gardées secrètes. Il y a donc très peu de partage sur les retours d’expérience et seules les ingénieries très spécialisées sont capables d’amener le savoir-faire pour garantir une fiabilité absolue.

 

RTN : Les systèmes de refroidissement des Data center sont énergivores. En Afrique, l’énergie est un problème. Avez-vous une solution adaptée à ce problème ?

OL : Effectivement, l’Afrique est sur ce point défavorisée par rapport au pays nordiques. Un tiers de la consommation énergétique d’un Data center étant dédiée au refroidissement des salles, il est clairement plus efficace de se localiser en Scandinavie, par exemple. Cette région anticipe d’ailleurs 3 Milliards d’€ d’investissement sur ce marché d’ici 2017.

Mais les Data Centers ne seront pas tous localisés sur le cercle polaire. D’abord pour des questions de latence. Et ensuite, parce que la gestion des données personnelles ou étatiques s’accommodera mal d’une délocalisation. L’arrêt récent de l’Union Européenne sur le « Safe Harbor » occasionne par exemple un rapatriement d’urgence d’infrastructures Data Centers depuis les États-Unis vers l’Europe.

Il y aura donc bien des Data Centers en Afrique.

La multiplication de projets africains permettra alors une innovation technologique adaptée au climat spécifique ou à la carence énergétique de ce continent. Chez Cap DC, nous pensons que les technologies de « froid solaire », avec des machines à adsorption, vont permettre de résoudre une partie du problème. Le développement du photovoltaïque, couplé avec des technologies de planification de l’activité informatique (comme les technologies Net-Zero de HP), pourra également s’avérer pertinent en Afrique. Enfin nous proposons des outils de gouvernance énergétique, car l’efficacité des Data Centers ne se limite pas à une bonne conception. Beaucoup de gains pourront être obtenus en optimisation opérationnelle de l’exploitation.

En guise de conclusion, je rappellerais aussi que ce continent est vaste. Le climat de certaines zones d’Afrique, en particulier la côte Atlantique (Maroc, Sénégal), permet d’atteindre, sur des Data Centers modernes, des coefficients de performance énergétique (PUE) de 1.3, ce qui est bien meilleur que beaucoup de Data Centers européens !

 

RTN : Le Cloud s’oppose-t-il au Data center selon vous ?

OL : Non, les deux concepts sont liés.

Le Cloud est une mutualisation de ressources, qui offre également la capacité à répondre instantanément à l’élasticité de la demande (dans 5 ans, les applications devront couramment répondre à des amplitudes instantanées de 1 à 1000, liées par exemple à de l’activité générée par des objets connectés).

Les Data Centers font partie des premières ressources mutualisées pour le Cloud.

La véritable question est de savoir quelle sera la typologie des Data Centers de demain.

Il y aura des « Mega » Data Centers à l’échelle planétaire, adaptés à certains Clouds, mais nous avons vu précédemment qu’il y aura aussi obligatoirement des Data Centers régionaux (à l’échelle des pays). Et il y aura aussi des Data centers de petite taille, de plus en plus intégrés dans les bâtiments et dédiés aux services urbains.

 

RTN : Selon vous, la colocation de Data center est-elle un marché pour les acteurs telecom africains ?

OL : Il n’y a pas de réponse évidente, mais chaque acteur telecom doit au moins se poser la question pour choisir sa stratégie dès à présent.

La colocation (activité qui consiste à construire un Data Center pour mutualiser les coûts et le louer ensuite en hébergeant des entreprises) est un marché en pleine croissance. Il représente à peu près 25% de la localisation de l’informatique mondiale et devrait représenter 35% en 2020.

Beaucoup d’acteurs spécialisés ont investi ce marché. Ils sont pour le moment encore peu présents en Afrique, mais cela ne durera pas.

Pour un acteur telecom, qui doit de toute façon investir dans un Data Center pour sa propre production, il peut être intéressant de construire une capacité plus importante, pour se doter d’une offre de colocation à coût marginal.

En fait, on pourra retrouver 3 types d’activités dans les Data Centers d’un opérateur telecom : l’infrastructure de production pour le cœur de métier (réseau, téléphonie), des nouveaux métiers plus proches de l’informatique (Cloud, PaaS tels que la sauvegarde en ligne par exemple, hébergement Web,…), et éventuellement des activités de colocation.

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